Décembre 2010

Nos directions

La main-d’œuvre à l’horizon 2020 : le milieu de l’éducation à reconquérir

Afin de tirer son épingle du jeu sur les marchés extérieurs, l’industrie forestière devra continuer à innover. Elle devra demeurer performante dans ses créneaux traditionnels et aller plus loin dans la voie des produits à valeur ajoutée comme les bioproduits et la bioénergie. C’est dans ce contexte que l’industrie s’est donné une vision dans un horizon de dix ans. Pour ce faire, elle devra nécessairement compter sur une main-d’œuvre bien formée et en nombre suffisant.

 

Cependant, à l’instar de plusieurs secteurs, l’industrie forestière québécoise fera face à plusieurs défis en vue de combler ses besoins en main-d’œuvre. Ainsi, dans un contexte où beaucoup de jeunes manifestent un désintéressement à l’égard des programmes scolaires dédiés à l’industrie, comme ceux menant à l’obtention d’un diplôme en techniques forestières ou en techniques des pâtes et papiers, il est inquiétant de voir que certaines organisations pourraient perdre jusqu’à 40 % de leurs effectifs, avec les départs à la retraite, d’ici cinq ans. En effet, le faible nombre d’inscriptions dans ces programmes a entraîné soit leur mise en veilleuse, soit leur disparition de manière permanente. La désaffection que manifestent certains jeunes est attribuable en grande partie à la perception négative véhiculée à l’endroit de l’industrie quant à ses performances environnementales, ses conditions de travail difficiles, etc.

 

L’industrie devra évidemment corriger les perceptions du public à son endroit si elle veut retrouver la rentabilité et aussi relever le défi de la précarité de certains emplois, surtout en forêt, et également faciliter la conciliation travail-famille pour accroître l’intérêt de la nouvelle génération de travailleurs.

 

En outre, plusieurs actions devront être prises en matière d’éducation afin de supporter l’industrie forestière. Par exemple, certains programmes universitaires devront être bonifiés, notamment les baccalauréats en architecture et en génie civil, pour s’assurer que les futurs professionnels possèdent toutes les qualifications nécessaires à l’utilisation du bois dans la construction dite commerciale.

 

En plus des bonifications aux programmes existants, l’UQTR offrira le programme court de 2e cycle en valorisation de la biomasse dans le cadre du Service de formation continue et des centres hors campus. L’Université Laval a également annoncé dernièrement un nouveau microprogramme de 2e cycle en aménagement des forêts privées offert entièrement en ligne dès l’hiver 2011.

 

Toujours avec le même objectif de stimulation du secteur de la formation, le gouvernement du Québec a récemment demandé à la ministre de l’Éducation et la ministre de l’Emploi d’effectuer ensemble une tournée des régions dès le début de l’année 2011, dans le but de consulter les acteurs régionaux sur les moyens à prendre pour combler les besoins en main-d’œuvre du Québec, considérant les pénuries anticipées. Une telle initiative permettra sans doute d‘arriver à une meilleure adéquation entre l’offre et la demande de main-d’œuvre par des moyens originaux, par exemple en créant des programmes de formation adaptés aux besoins des entreprises et en récupérant une clientèle qui souhaiterait se réorienter ou obtenir un diplôme académique. Il s’agit d’une voie intéressante puisque l’embauche de travailleurs ayant un niveau de scolarité plus faible peut être contrebalancée par une formation spécifique en entreprise. Ainsi, les travailleurs pourraient de cette manière se voir reconnaître leurs compétences (connaissances transférables) par un certificat émis par l’État.

 

L’industrie s’adapte elle aussi aux changements

Par ailleurs, divers partenariats ont déjà été expérimentés et se sont avérés très intéressants. Certains établissements d’enseignement ont conclu des ententes avec la direction de différentes papetières dans le but de dispenser le diplôme d’études professionnelles en technologies des pâtes et papiers dans l’usine elle-même. Comme ces usines disposent habituellement de centres de formation dotés d’ordinateurs, toutes les variables étaient réunies pour arriver à une formule gagnante : les personnes inscrites au programme obtenaient leur diplôme, les établissements d’enseignement conservaient l’expertise de leurs professionnels et les usines pouvaient se doter de nouveaux travailleurs qui connaissaient déjà bien leur environnement de travail.

 

Dans un avenir très rapproché, la flexibilité dans les méthodes d’enseignement pourrait bien être la réponse aux pénuries de main-d’œuvre. Un grand nombre d’individus pourraient en effet être intéressés à entreprendre une nouvelle carrière, plus particulièrement dans un secteur qui offrira des opportunités et des défis passionnants comme celui de l’industrie forestière.