Décembre 2010

Nos directions

Revalorisation de l’industrie forestière : les conditions de base pour sa réussite !

Au cours des derniers mois, le CIFQ a sollicité ses partenaires et quelques-uns de ses membres dans le but de constituer un groupe de travail, soit le Comité de revalorisation, afin de définir un énoncé de vision de l’industrie forestière à l’horizon 2020. Un énoncé qui définirait un objectif commun aux industriels, gouvernements et partenaires du secteur.

 

Énoncé d’une vision à l’horizon 2020

En 2020, l’industrie forestière québécoise se distingue sur la scène internationale grâce à son dynamisme, ses innovations et ses bonnes performances financières. Elle est approvisionnée en majeure partie de forêts certifiées et de fibres recyclées, d’où est tirée une matière première de qualité répondant aux besoins spécifiques des entreprises qui la composent. Ces dernières, résolument tournées vers les marchés, sont toujours à la recherche d’opportunités qui permettront de maximiser et d’étendre leur chaîne de valeur tout en assurant leur diversification. Performante dans ses créneaux traditionnels et pleinement engagée dans les filières des bioproduits et de la bioénergie, l’industrie forestière est un modèle tant par ses pratiques en matière de développement durable que par ses produits, solutions de premier plan aux changements climatiques et à l’écologisation de l’économie.

 

L’industrie forestière québécoise, pilier de l’économie des régions, peut compter sur une main-d’œuvre bien formée, des emplois stimulants et bien rémunérés. Elle est aussi solidement appuyée par un réseau de chercheurs dont le travail est reconnu et valorisé et qui s’inscrit au cœur de son innovation sur tous les éléments de la chaîne de valeur, de la forêt aux clients.

 

L’industrie forestière québécoise : une industrie compétitive et responsable, source de fierté et de prospérité collective !

 

L’approvisionnement en bois des usines de transformation

Au Québec, la grande majorité des forêts sont publiques : seulement 10 % appartiennent à de petits et grands propriétaires privés. Toutefois, les forêts privées sont généralement situées près des usines et des municipalités et elles poussent dans des conditions de croissance idéales (sols, climats, etc.). Ainsi, bien que les forêts privées ne représentent que 10 % de la superficie totale des forêts, elles assurent 20 % de l’approvisionnement total en bois des usines. Pour leur part, les forêts publiques sont gérées par l’État qui accorde des droits d’approvisionnement aux usines en échange d’obligations en termes d’activités d’aménagement et du paiement de redevances.

 

Cependant, tous s’accordent pour dire que les coûts d’approvisionnement et de production, en regard de la valeur sur les marchés des produits forestiers, ne permettent pas actuellement à l’industrie québécoise d’être compétitive. Cet aspect est l’un des enjeux au centre de la réflexion du groupe de travail.

 

Historiquement, c’est le développement de l’industrie papetière au début du 20e siècle qui a orienté l’aménagement des forêts publiques et privées vers la production massive de fibre de bois servant à la fabrication de nombreux produits papetiers, dont le papier journal. L’industrie s’est développée dans un contexte de croissance de la demande sur les marchés. Afin de pouvoir tirer son épingle du jeu sur les marchés, principalement nord-américain, l’industrie québécoise a surtout adopté une approche de production de masse à faibles coûts. Les usines s’approvisionnaient à partir des forêts publiques et privées les plus proches, les plus productives et les moins dispendieuses. Elles produisaient de grands volumes, pour des produits en demande et les vendaient dans un contexte où les consommateurs (journaux, imprimeries, entrepreneurs en construction, etc.) assumaient les hausses de coûts.

 

Cette logique de production massive à faibles coûts a assuré la vitalité du secteur pendant près d’un siècle. Aujourd’hui, l’arrivée de nouveaux pays producteurs à très faibles coûts, l’avènement de nouvelles technologies permettant la fabrication des mêmes produits à partir de fibres d’arbres provenant de forêts plus tempérées, tropicales et même équatoriales, et la réduction de la consommation du papier journal et des papiers d’écriture, ne permet plus de maintenir cette logique.

 

Plutôt que de produire massivement, l’industrie forestière québécoise doit se tourner résolument vers les besoins des nouveaux marchés. Comment peut-elle répondre à la demande avec les meilleures technologies disponibles et s’approvisionner en bois ou en fibres ? Le temps où les facteurs clés de l’approvisionnement d’une scierie consistaient principalement « au plus gros amas de bois au plus faible coût » est révolu, comme est révolu le temps où la production en volume et le rendement en sciage étaient les principaux indicateurs de performance.

 

Si le contrôle des coûts d’approvisionnement et les économies d’échelle demeurent toujours des éléments essentiels à la compétitivité des entreprises, une nouvelle approche s’impose en terme d’approvisionnement. Dorénavant, il faut s’assurer de livrer le bon bois à la bonne usine pour le bon produit.

 

Ce virage vers les marchés est amorcé depuis déjà plusieurs années. À titre d’exemple la certification prend de plus en plus de place dans les pratiques forestières, afin de satisfaire aux exgences de nos clients. D'ailleurs, le Québec aura bientôt certifié près de 87 % de son territoire public d’ici le 1er avril 2013.

 

Le défi consiste maintenant à fournir une planification optimale et intégrée des activités de récolte pour faire coïncider l’approvisionnement des diverses usines selon les essences d’arbres et la qualité recherchée par chacune d’entre elles, afin de manufacturer les produits recherchés sur les marchés de façon concurrentielle.

 

Produits du bois

Tous s’entendent sur l’importance de maintenir une industrie de la première transformation du bois en bonne santé financière afin d'amorcer la transformation de la filière des produits du bois. Actuellement, la capacité de production de bois de sciage au Québec est nettement supérieure, d’une part, aux besoins des marchés et, d’autre part, aux volumes de bois pouvant approvisionner de façon durable les usines. Dans ces circonstances, l’industrie des produits du bois doit poursuivre le regroupement de sa production primaire du bois.

 

L’élargissement du panier de produits des entreprises québécoises, c’est-à-dire la diversification et le développement de nouveaux produits, leur permettrait de miser sur une différenciation des produits québécois et sur la qualité de ceux-ci. En plus de bénéficier des avantages d’une fibre de qualité, l’industrie peut garantir à ses clients que son approvisionnement en matière première se fait dans le respect des normes environnementales prescrites.

 

La transformation de l’industrie se fera graduellement et reposera à la fois sur des produits novateurs offrant de meilleures marges de profits et sur l’amélioration des processus d’affaires, notamment par une connaissance plus pointue de nos clientèles et de leurs besoins, ainsi que par une offre de produits mieux adaptée aux marchés, et ce, à un coût avantageux. La problématique liée aux approvisionnements se devra de composer avec des procédés intégrés de récolte assurant ainsi une première transformation plus lucrative, élément déterminant de la rentabilité des usines.

 

Il importe de souligner que la concertation et le partenariat entre les fournisseurs et leurs clients seront essentiels pour le développement de nouveaux marchés. L’élargissement du panier de produits implique l’innovation, la recherche et le développement de marchés, d’où l’importance de s’appuyer sur des stratégies d’affaires collaboratives plutôt que compétitives, et d’investir, entre autres, dans la modernisation des équipements pour rehausser la productivité des usines.

 

Pâtes et papiers

Malgré une hausse de la demande de papier journal dans le monde, entre 1 % et 2 % par année particulièrement sur les marchés asiatique, indien et latino-américain, celle de l’Amérique du Nord diminue et par conséquent la production de papier journal connaît quant à elle une baisse importante. Mais le Québec est bien loin de ces marchés outre-mer en raison tant de son positionnement géographique, que des coûts élevés de production et de transport. Donc, pour l’instant, peu d’usines ont l’opportunité d’accroître leurs marchés par l’exportation.

 

Dans les secteurs des produits d’emballage et des papiers domestiques, la demande se maintient et même s’accroît pour certains produits. De plus, en 2010, on a assisté à l’émergence de nouveaux produits dits « papiers intelligents » apparaissant sur les marchés. Par exemple, Cascades Groupe Produits Spécialisés a récemment mis en marché un papier essuie-mains antibactérien intelligent (MC) qui réduit rapidement la quantité de bactéries résiduelles sur les mains après le lavage et assure une protection antibactérienne d'une durée de 30 minutes. Des emballages qui réagissent aux bactéries sont maintenant réels. De son côté, Domtar travaille au développement d’un nouveau procédé en matière de nanocellulose cristalline.

 

Technologie axée sur la nanocellulose cristalline (NCC)
La NCC est de la cellulose sous forme cristalline qui est dérivée de la biomasse ligneuse et transformée en flocons solides, en liquide ou en gel. Plusieurs caractéristiques essentielles comme sa solidité, sa réaction électromagnétique et sa grande surface de contact servent de fondement pour la fabrication de matériaux nouveaux et perfectionnés au moyen de la nanotechnologie.

 

Par l’entremise de FPInnovations, le gouvernement du Canada collabore avec le gouvernement du Québec et Domtar pour améliorer et commercialiser les technologies axées sur la nanocellulose cristalline. Ce projet pilote de grande envergure de démonstration des technologies transformatrices de 32,4 millions de dollars appuie la construction d’installations supplémentaires à l’usine de pâtes et papiers de Domtar, à Windsor (Québec).

 

Les nouvelles installations produiront une tonne de NCC par jour pour la fabrication d’enduits spécialisés et de matériaux nouveaux dérivés de copeaux de bois de feuillus. Les nouvelles installations seront les premières de cette taille dans le monde et représenteront donc un tournant et un moment historique dans la création d’une nouvelle série de produits industriels et de consommation renouvelables issus de la biomasse forestière.

 

Source : Ressource natuelles Canada

 

Bioénergie et bioproduits : un avenir prometteur

La bioénergie et les bioproduits, énergie ou produits fabriqués à partir de matières organiques (biogaz, bioénergie, biocarburant, biodiesel, etc.) sont actuellement identifiés comme des opportunités du secteur de la transformation du bois et, en particulier, de celle des pâtes et papiers. S’orienter vers la fabrication de bioproduits nécessite une transformation en profondeur qui va bien au-delà d’une simple amélioration des processus de fabrication ou de la réduction de ses coûts, mais plutôt inter reliée à l’ensemble du modèle d’affaires.

 

Au chapitre des énergies plus traditionnelles, il est à noter que la demande pour la biomasse forestière dédiée à des projets énergétiques est en hausse, notamment pour la production de granules de bois. Cette constatation ne surprend guère. FPInnovations, un organisme de recherche, mentionnait d’ailleurs dans le document Biopathway préparé à l’intention de l’Association des produits forestiers du Canada que les produits qui présentent actuellement les meilleurs rendements pour l’industrie forestière québécoise sont les bio-huiles produites par pyrolyse et les granules torréfiées.